Un des mammifères les plus rares du monde redécouvert sur les impressionnants tepuis du « Monde Perdu »

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La souris Roraima (Podoxymys roraimae)
28/01/2015
Un des mammifères les plus rares du monde redécouvert sur les impressionnants tepuis du « Monde Perdu »
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Reinout Verbeke

Une équipe de scientifiques belges et brésiliens a redécouvert l’une des plus rares espèces de mammifères de la planète, la souris Roraima (Podoxymys roraimae), sur un des fameux tepuis d’Amérique latine. Son ADN suggère des connexions anciennes avec d’autres espèces de souris distribuées principalement sur le lointain Plateau brésilien, plutôt que dans les Andes ou les forêts amazoniennes de basse altitude.

Les tepuis sont d’énormes montagnes tabulaires de grès formant, sur le Plateau des Guyanes, l’un des plus remarquables paysages sur Terre. Ils s’élèvent abruptement au-dessus des savanes et forêts tropicales du sud du Venezuela, du centre-ouest du Guyana et du nord du Brésil. Ce paysage spectaculaire a inspiré nombre d’auteurs et de réalisateurs, depuis Sir Arthur Conan Doyle et son « Monde Perdu » en 1912, à l’équipe Disney-Pixar et le film d’animation « Up » en 2009, des œuvres dans lesquelles sont décrites des créatures du passé – dinosaures ou oiseaux géants –  vivant sur les sommets retirés et inaccessibles des tepuis.

Découverte par hasard

Philippe Kok est herpétologue, chercheur post-doctorant en biologie de l’évolution au sein de l’Amphibian Evolution Lab de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) et collaborateur scientifique à l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique. Il a découvert la souris en novembre 2009 au sommet du tepui Wei-Assipu (2216 m d’altitude) au Guyana, près de la frontière brésilienne. Philippe Kok était en pleine expédition, à la recherche de grenouilles et lézards, lorsqu’il a capturé la souris aux abords du camp : « cela faisait plus d’une décennie que j’explorais la région, cataloguant des centaines d’espèces de vertébrés, mais ce fut la seule et unique fois que je vis cette souris. » C’est par hasard que Yuri Leite, un collègue enseignant à l’Universidade Federal do Espírito Santo dans le sud-est du Brésil, a rencontré l’assistant de Kok qui lui a raconté cette histoire. Leite a réalisé, sur base de la description de la souris – de petite taille, à la queue et aux oreilles courtes, et aux griffes longues –, qu’il  s’agissait d’une découverte majeure.

Le septième spécimen

La souris Roraima appartient à l’une des espèces de mammifères non seulement les plus rares mais aussi à la distribution géographique la plus restreinte : jusqu’alors, seuls six spécimens avaient été collectés en 1927 et 1989, tous sur le sommet du même tepui, le Mont Roraima, à la frontière du Guyana, du Venezuela et du Brésil. Kok a donc trouvé le septième spécimen de Podoxymys roraimae et pris cette petite créature en photo pour la première fois, mais il a aussi enregistré la deuxième localité connue de cette espèce : le tepui Wei-Assipu, à la frontière du Guyana et du Brésil. Entré en contact avec Philippe Kok, Yuri Leite a attiré son attention sur l’importance de cette découverte et les implications biogéographiques de la détermination de ses racines évolutives. En effet, le plus proche parent de Podoxymys roraimae était inconnu jusqu’à cette découverte : les scientifiques ne connaissaient pas sa place dans l’arbre de la vie. « C’est comme découvrir un enfant unique perdu sur les tepuis, sans savoir qui sont ses proches parents ni où ils vivent », dit Leite.

Analyse ADN

Pour essayer de déterminer les « affinités évolutives » de ce petit animal, Leite et Kok se sont associés à Marcelo Weksler, professeur de zoologie à l’Universidade Federal do Estado do Rio de Janeiro et collaborateur scientifique au Museu Nacional du Brésil. Ils ont obtenu les premières séquences d’ADN de la souris Roraima et les ont comparées avec celles d’autres rats et souris d’Amérique du Sud. Les résultats montrent que les plus proches espèces sont Thalpomys et Necromys, deux taxons découverts dans des milieux à végétation ouverte, notamment le Cerrado, une région de savanes sur le Plateau brésilien. « C’est vraiment surprenant de découvrir que les espèces les plus proches de cette petite souris actuellement restreinte aux sommets de deux tepuis très isolés vivent dans une région située à des milliers de kilomètres de là », témoigne Kok.

Ces résultats ne sont pas conformes aux théories actuelles sur la façon dont la faune des tepuis a évolué : les scientifiques pensent que les petits mammifères descendent soit de populations provenant des Andes qui se sont dispersées sur de longues distances, soit d’invasions depuis les hautes terres et les plaines environnant les tepuis.

Les analyses génétiques montrent que la connexion entre le Plateau des Guyanes et le Plateau brésilien – suggérée par le nouveau scénario de Kok et ses collègues – s’est produite il y a au moins 2,47 millions d’années. « Comment le Plateau brésilien et les tepuis du Plateau des Guyanes ont-ils été connectés au Pliocène supérieur ? Peut-être étaient-ils reliés par des corridors écologiques ? Ou la distribution de leurs ancêtres a-t-elle été subitement divisée par un événement géologique ou climatologique ? Cela reste à expliquer… », conclut Kok.

 

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